Venezuela : l'impérialisme américain en marche ?

Rédigé le 07/01/2026
UNSA

Pour l'UNSA, il ne fait aucun doute que le Venezuela devait sortir de la dérive autoritaire incarnée par Nicolás Maduro. Déni de démocratie, élections sans garanties, institutions muselées, la répression des opposants et des syndicats, effondrement économique et social : ce régime était devenu intenable. Mais rompre avec une dictature ne peut jamais justifier une remise en cause unilatérale de l'État de droit ni l'abandon des principes du droit international.

Une dictature isolée aux soutiens autoritaires

Largement mis au ban de la communauté internationale, le régime de Maduro ne connaît que force, traque systématique des opposants, graves violations des droits humains et négation des libertés syndicales. Admirateur assumé du régime castriste, Maduro vit grâce au soutien d'alliés eux-mêmes autoritaires —Russie de Vladimir Poutine, Chine, Iran, Cuba, Corée du Nord — peu soucieux des droits des travailleurs et de la démocratie.

Depuis des années, le Venezuela est plongé dans une crise profonde — politique, économique, sociale et humanitaire, contraignant des millions de Vénézuéliens à la pauvreté, à l'économie informelle ou à l'exil, à l'origine de l'une des plus graves crises migratoires du continent américain. Cette réalité rappelle une évidence : lorsqu'un régime piétine les droits sociaux et syndicaux, c'est toute la société qui s'effondre.

Entre discours officiels et intérêts géopolitiques

La crise vénézuélienne s'inscrit aussi dans une longue histoire de confrontation avec les États-Unis, marquée par leur domination sur l'exploitation pétrolière, leur opposition à la révolution socialiste d'Hugo Chávez — qui visait à s'émanciper de la tutelle américaine et à reprendre le contrôle des richesses nationales — et un embargo imposé depuis des décennies.

Aujourd'hui, le pétrole demeure un levier géopolitique central, renforcé par l'embargo sur le pétrole russe, suscitant des appétits croissants. Derrière les discours officiels, il est légitime de s'interroger sur les véritables objectifs américains : défense du peuple vénézuélien, lutte contre le narcoterrorisme ou sécurisation d'intérêts énergétiques stratégiques, dans un contexte où l'influence croissante de la Chine en Amérique latine constitue un enjeu majeur, ou alors stratégie de changement de régime à visée impérialiste.

L'argument du narcoterrorisme apparaît d'autant plus fragile que le Venezuela n'est pas un pays producteur de drogue, que la crise du fentanyl aux États-Unis trouve son origine en Chine, et que certains actes récents — comme la libération d'un baron du narcotrafic — en sapent la crédibilité. Quant à croire que Donald Trump agirait par souci démocratique, cela relève de l'illusion : son soutien affiché à de nombreux régimes autoritaires et forces d'extrême droite en dit long sur ses priorités réelles.

Remise en cause préoccupante de l'ordre international

Ce qui se joue au Venezuela dépasse largement ses frontières. Nous assistons à l'affirmation d'une ère des prédateurs où la loi du plus fort tend à remplacer le droit international. Doctrine Monroe réactivée, unilatéralisme assumé, interventions hors mandat, atteintes aux souverainetés nationales et restrictions croissantes des libertés individuelles : ces dérives fragilisent le multilatéralisme et détruisent les mécanismes de résolution pacifique des conflits construits depuis des décennies.

Toute transition politique ne peut être légitime que si elle s'inscrit dans un cadre clair, reconnu et garanti par la communauté internationale. L'absence de mandat international, le contournement des institutions multilatérales et le recours à des stratégies de force ne produisent que l'arbitraire et l'instabilité durable.

Une responsabilité européenne et française majeure

Face à cette situation, l'UNSA appelle à une position ferme, cohérente et lisible de la diplomatie européenne et française. L'Europe ne peut se contenter d'hésitations ou d'alignements opportunistes. Elle doit défendre sans ambiguïté le droit international, le multilatéralisme, les droits humains et les libertés syndicales.

Lorsque Donald Trump menace de s'approprier le Groenland, c'est l'ensemble de l'ordre international qui est mis à l'épreuve, soulignant l'urgence pour l'Europe de faire entendre une parole forte et de se donner les moyens de la rendre crédible.

Cette crise pose une question centrale : quid de la défense européenne ? Non pas une défense tournée vers l'escalade ou l'ingérence, mais une capacité à prévenir les conflits, protéger les populations civiles, soutenir les processus démocratiques et peser pour des solutions politiques négociées.

Pour une sortie de crise démocratique et sociale

Pour l'UNSA, aucune solution durable ne peut être construite contre les peuples et encore moins contre les travailleurs. La sortie de crise au Venezuela ne peut passer que par un processus politique pacifique, inclusif, respectueux de la souveraineté populaire, fondé sur le droit international et le multilatéralisme. Renoncer à ces principes, même au nom de causes prétendument justes, revient à affaiblir durablement l'ordre international et à condamner les peuples à de nouvelles impasses.

La démocratie ne se décrète pas par la force. Elle se construit par le droit, le dialogue social et le respect des libertés syndicales et des droits sociaux. Dans un monde bouleversé par la guerre en Ukraine et le retour de Donald Trump sur la scène internationale, l'UNSA continuera de défendre un chemin clair : celui de la paix, de la démocratie, de l'Etat de droit, de la justice sociale et environnementale et de la solidarité internationale.

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